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 Deux allers et un retour.

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MessageSujet: Deux allers et un retour.   
Jeu 22 Aoû - 6:37


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Lukas K. Ustaz
En provenance de => Mise à niveau.

Crack ! Les bottes de Lukas s’enfoncèrent légèrement dans un sol humide et boueux. Après le confort chaleureux de l’atrium du ministère, la douche ! Une pluie diluvienne s’abattit sur Sam et le sorcier, Balto, lui, fit un bond, tel un chat échaudé, et tenta vainement de se réfugier entre les jambes de son maître. L’atmosphère était suffocante d’une chaleur moite et aigre. Il ne fallut que quelques secondes pour que la métisse et le beauceron ne soient trempés jusqu’aux os.
- Par ici, fit Lukas en tournant à gauche de l’arbre au tronc pansu derrière lequel ils avaient transplané.  
Au contact de sa cape, la pluie perlait instantanément puis glissait suivant de petites rigoles qui s’y étaient formées dans les plis. Les trois fées logeaient présentement dans les recoins sombres du auvent que formait le capuchon de Lukas.  
- Il pleuvait la dernière fois déjà, maugréa la Noire. A croire qu’il pleut tout le temps dans ce foutu pays !
- C’est la mousson, dit Lukas.
- Ca remonte à quand ? La dernière fois ? demanda la Grise.
- Quatorze ans, répondit la Blanche.
- Treize, corrigea la Noire.
- Rien n’a changé, dit Lukas.
Au détour de l’arbre se dessinèrent les ruines de la cité ancienne d’Angkor Vat. Les escaliers infinis et les tours gigantesques, tous de grès, le temple colossal et ses enceintes magnifiques, construits sur un marais, les cours, les chaussées et les galeries ; Lukas se rappela tout. Mais, au fur et à mesure qu’il avançait, ses yeux ne purent se détacher de la tour nord-ouest de la troisième galerie. Aucune émotion ne le transcendait réellement néanmoins l’Azur était comme obnubilé.
Lukas s’engagea sur la chaussée pavée qui surplombait les douves. Le temps était si calamiteux qu’il ne vit pas un seul touriste. Le pavé, détrempé et moussu par endroit, glissait dangereusement.  Des douves montait une vague odeur de terre et de bois. Malgré la symphonie tonitruante de la pluie, un étrange silence régnait en ses lieux majestueux. Il ne fallait pas être sorcier pour deviner que quelque chose vivait, ici, au-delà des apparences.
Arrivé sous le Gopura, Lukas fit signe à Samuelle de s’arrêter. Le sorcier regarda autour de lui et tendit l’oreille. Un tambour résonna, comme parvenu de très loin, sans pour autant que l’on puisse dire, de quelle direction. La Grise et la Blanche se bouchèrent les oreilles.
- ខ្ញុំជាអ្នកជំនួយការដូចអ្នក។ ! s’écria soudainement Lukas dans une langue aux fortes consonnes occlusives prénasalisées.
Balto jappa de surprise et jeta à son maître un regard oblique.
- J’avais oublié, dit la Noire qui se massait les temps, sonnée par le cris de Lukas.
Il y eut comme un gong et une avalanche d’étincelles qui recouvrit l’horizon. En passant le Gopura, la pluie résonnait tout autrement. Un dôme invisible recouvrait à présent Angkor Vat. Les ruines n’étaient plus et le temple et ses environs avaient recouvré leur splendeur d’antan. Les moine-sorciers vêtus de leur toge orangée pullulaient les environs. Cinq d‘entre eux attendaient Lukas quelques mètres plus avant sur l’allée pavée qui menait à la première galerie.
- Faites attention où vous mettez les pieds, murmura Lukas à l’intention de Sam.
- Bienvenue Professeur Ustaz, dit l’un des moines dans un anglais approximatif. Nous attendions vous. Un problème grave.
- D’abord, vous voulez souper ? demanda un autre.  
- Je préférerais voir l’enfant dès maintenant, répondit Lukas. Voici Samuelle Daee, stagiaire et Balto, canidé.
Les cinq moines saluèrent la métisse et l’animal.
- Nous avons fait acquisition de tapis auprès du Ministère Indien, dit l’un des moines qui déroulait deux larges tapis persans au sol. Vous savez comme il est dangereux de transplaner ici quand pluie tombe.
- Je le savais ! s’écria la Noire.
Un moine invita Lukas, Sam et Balto à le rejoindre sur un des tapis tandis que les quatre autres se tinrent sur le tapis voisin. Après trois clappements des mains les tapis décolèrent. Lukas s’assit. Il avait imaginé ce moyen de transport plus confortable. Au lieu de ça on avait l’impression constante que tout pouvait chavirer d’un moment à l’autre. Balto ne faisait pas le malin et s’était plaqué à plat ventre aussitôt que le tapis avait quitté le sol. Ils quittèrent Angkor Vat en direction du Tonlé Sap.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Ven 30 Aoû - 16:33


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Samuelle Daee
Lorsque Lucas la réprimanda en spécifiant qu’il avait pourtant bien mentionné le Cambodge, Samuelle faillit lui répondre, en toute ignorance : « Oui? Et alors? »

Elle n’en eut pas le loisir : Sans avertissement, il lui plaqua une main sur la figure. Rien, ni dans son éducation ni dans sa personnalité, ne la prédisposait à supporter une pareille agression. Et le respect des distances interpersonnelles, lui? Le sorcier venait de violer sa bulle d’intimité. Samuelle eut un vif mouvement de recul, instinctif et territorial. Elle s’immobilisa, l’air à la fois choquée et ahurie, sous une pluie torrentielle. D’un malaise à un autre! Au lieu d’abreuver son ‘professeur’ d’insultes qui témoignaient de son appréciation de ses manières, la métisse baissa les yeux sur ses bottes en rentrant la tête dans les épaules. Un commentaire s’imposait. Parce que Samuelle est une créature nordique, elle émit un « Arf » dépité.

« La mousson? Alors c’est ça la mousson? Quelle horreur! »
Elle le rattrapa en quelques enjambées. « Vous auriez quand même pu me prévenir! » Elle se ravisa; il l’avait prévenu. « Je veux dire, être explicite… Par exemple, vous auriez pu dire : ‘Samuelle, il va pleuvoir…’ » Et au moment où elle posa le pied sur la première pierre de la chaussée, elle s’immobilisa soudainement et regarda autour d’elle. Surprise. Étonnée. Ses yeux jaunes prirent une nouvelle proportion. Quelque chose vivait là. Entre les silences… Quelque chose qui lui était accessible et qui lui parlait. Une mémoire minérale. Inquiété par ce qu’elle devinait là, la métisse plongea ses mains dans ses poches et se fondit dans son rôle de stagiaire. Futile, elle commenta : « Oh! On est dans Tomb Raider! » Sourire #7 : Un nénuphar d’innocence sur un océan de perversité…

La stagiaire adopta ensuite un comportement exemplaire. Se taisant poliment, à l’écoute, docile aux consignes… Elle grimpa même sur le tapis sans s’objecter. Les natures enthousiastes s’objectent rarement les premières fois. Un peu plus de 5km plus au sud, le tapis se posa sur la rive inondée du lac en crue… La fonte des neiges dans les hautes montagnes et l’inversion des eaux du Mékong avaient ennoyé les rizières et la jungle. « @£¤¢²&#, LAISSEZ-MOI DESCENDRE!! » jura Samuelle, avec un haut le cœur, en s’accrochant désespérément à la taille du moine qui dirigeait la carpette volante. À quatre pattes, elle gagna la frange du tapis et roula en bas, sautant à pieds joins dans la boue. Un fort pressentiment de désastre imminent paralysa un instant l’empathie du sorcier. Samuelle avait atteint sa limite. Elle l’empoigna par le devant de sa cape hydrofuge, menaçante. : « Si c'est ce que vous appelez une excursion, je refuse de mourir pour 6 crédits universitaire!! » Vociféra-t-elle au moment où elle perdit pied, l’entrainant dans sa chute.

Tolé Sap doit son existence à un accident géologique récent, une dépression causée par l’orogène Himalayen. Un endroit où les distances sont faussées, où la croûte terrestre est à la fois plus épaisse et plus mince; Un endroit où les frontières sont plus vulnérables. La magie des pierres y est fraiche, neuve, renouvelée, ambiante, riche et libre… Samuelle n’a pas cherché à traverser, ce n’était pas nécessaire… Lukas était là, ancré dans ses souvenirs, concentré sur eux, ouvrant le passage.

Samuelle glissa dans la boue accumulée sur la pierre affleurante. Elle chuta durement. Les doigts de sa main gauche enchevêtrés dans l’étoffe, elle ne put s’en libérer lorsque la paume de sa main droite heurta la pierre, parfaitement à plat, dans une gerbe d’éclaboussure. Ils se retrouvèrent 13ans plus tôt, elle et lui. Pas de tapis, pas de guide, pas de délégation, pas de chien. La jungle, la même, intacte. La métisse, vraiment remontée, ne réalisa pas tout de suite ce qui venait de se passer. Elle continua à l’invectiver : « Je suis du département des mystères! Je ne suis pas un agent de terrain! » Elle se ravisa : « Pas ce genre de terrain-là! Pas le genre tangible, chaud, humide et GLUANT! » Son dossier d’employée au ministère ne disait rien sur elle. Au moins le renseignait-elle sur ce qu’elle n’était pas.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Sam 31 Aoû - 3:03


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Lukas K. Ustaz
Lukas releva la tête et glaviota de l’herbe et de la boue. Un revers de manche ne suffit pas à lui débarbouiller entièrement le visage. Le souffle encore coupé par le poids de Sam agrippée au col de sa cape, il mit un temps avant de se relever. D’abord à quatre pattes. La métisse tempêtait à souhait mais son anathème était partiellement couvert par le clapotis tonitruant de la pluie sur la surface du Tonlé Sap. Puis à genoux. Lukas jeta un regard circulaire aux environs ; il n’y avait pas deux endroits pareils au monde. La respiration haletante, il fut de nouveau brutalement à bout de souffle. Les tapis, les moine-sorciers, Balto… Soudainement debout et titubant.
- Qu’est-ce que…
Lukas chancelait sur ses jambes.
- Où sont…
Il avisa Sam.
- Hein ?

Tout à coup Sam n’était plus dans le tableau. L’azur s’accrocha à gauche de la métisse, dans le creux de son épaule et de son cou, bien au-delà d’elle mais toujours sur la berge. La mise au point faite, Sam vira flou et la femme en robe jaune devint plus distincte, de plus en plus distincte. Les yeux de Lukas soulignèrent la silhouette en un quart de secondes. Ils connaissaient déjà les formes ; c’était comme faire le jeu des points à relier en sachant déjà le résultat final.

Finalement, Lukas relia le dernier point. Il anhélait. L’arrière-plan apparut simultanément. C’était elle. Ici. Non ! Il transpirait. C’était impossible. Il sortit sa baguette et la pointa vigoureusement en l’air.
- FINITE INCANTATEM ! s’écria-t-il sauvagement.
Rien ne se passa. Im-pos-sible, pouvait-on lire sur ses lèvres. Ce n’était pas un charme, ni une illusion. Il n’avait rien bu, rien mangé. Il avait pris sa potion, ce n’était donc pas une hallucination. Il sentait la pluie froide couler dans sa nuque. Il était bien réveillé. Son esprit courait après la solution. La magie n’était donc pas derrière tout ça… Soudain, le cours de son esprit dérailla. Ses sourcils froncèrent et sa mâchoire se resserra tandis que lentement il pointait sa baguette sur Sam. Pas sa magie à lui...     
- Qui êtes-vous ? maugréa-t-il en parvenant à peine à ouvrir la bouche de colère, et de peur.
La métisse eut à peine le temps de répondre qu’un geyser immense éructa du lac à moins de cinq cents mètres de la rive. L’eau fut projetée à plusieurs dizaines de mètres dans les airs et nettoya à grandes eaux les derniers doutes de Lukas. Ils avaient voyagé dans le passé.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Sam 31 Aoû - 5:50


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Samuelle Daee
Complètement dans le cirage… Ce type n’était pas net… Un instant il était maître de lui-même, suffisant et arrogant dans son professionnalisme. L’autre, il semblait affolé et balançait des sortilèges à tout va. Finite incantatem? C’était supposé mettre fin à un sortilège, non? Quel sortilège?

Lui faisant face, la métisse se pencha sur le sorcier. Fronçant les sourcils au-dessus d’un regard interrogateur. Levant entre eux une main caramel, elle claqua des doigts pour attirer son attention : « Woo-hou? » appela-t-elle doucement. Samuelle changeait d'attitude spontanément, de façon imprévisible. « Vous êtes toujours là, Tarzan? » Imprévisible ou instable, aurait-on pu nuancer...

Parce qu’elle l’observait de près, elle le vit resserrer la mâchoire. Et parce que Samuelle avait plus d’instinct que la plupart des humains, elle sentit sa colère avant même qu’il pointe sa baguette sur elle. Ses yeux jaunes brillèrent fugitivement dans l’ombre de son visage. « À votre place, je pointerais ça ailleurs… » gronda-t-elle, son regard allant de la baguette au sorcier. Après tout, le département des mystères était toujours sous scellé et on ignorait ce qui l’avait dévasté. Ce qui l’avait dévasté ou qui l’avait dévasté, peut-être… « Surtout si vous n’êtes pas certain de qui je suis. »

La menace tomba littéralement à l’eau, balayée par un geyser. Effrayée, Samuelle sursauta violement et se jeta dans les bras de Lukas.  « Qu’est-ce que c’était? Qu’est-ce qu’il y a dans ce lac? » Puis elle suggéra, pour faire bonne mesure : « Nessie? » Sans référentiel, elle ne pouvait être consciente de la version temporelle.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Dim 1 Sep - 0:39


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Lukas K. Ustaz
Les pensées de Lukas étaient tellement obscurcies par la femme en jaune qu’il ne s’était pas préoccupé du geyser ; en outre, il n’eut qu’un léger mouvement de recul lorsque Samuelle finit dans ses bras. Elle était là, en chair et en os, au jour de sa mort ; Lisa Cain, dans sa robe jaune élégante dont la simplicité n’était qu’à peine altérée par quelques broderies blanches. Elle scrutait le lac, un large parapluie en main. Et lorsque le geyser avait jailli vers le ciel, elle n’avait pas cillé tandis que sa robe claqua au vent et que les dizaines de moine-sorciers rassemblés sur les berges manquèrent de prendre leurs jambes à leur cou.
- Une erreur, répondit Lukas d’une voix absente. Une erreur que j’ai commise il y a treize ans.
Puis, finalement, se détachant de l’embrassade de la métisse, il se rapprocha encore un peu de la berge.
- Tous ses gens vont mourir, Melle Daee, dit-il presque pour lui-même. Dans quelques minutes. Dix tout au plus. Et nous avec…
Lukas fit soudainement volte-face et saisit la métisse par le poignet avant de l’entraîner à sa suite.
- Vous nous avez transbahutés dans le passé. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas pourquoi. Et je n’ai pas le temps de contempler ces questions.  
Se forçant à se remémorer quelques théories sur les voyages dans le temps, il en tira quelques minces mais élémentaires conclusions. La première le poussa à sortir sa baguette une nouvelle fois. Il s’arrêta à peine dans sa marche forcée, se tourna vers Sam et lui cingla le front d’un coup de baguette ; la métisse put sentir une sensation liquide lui couler de la tête aux pieds comme un œuf qu’on lui eût écrasé au sommet du crâne ; Lukas s’octroya le même sortilège de désillusion avant d’avancer à grandes enjambées vers l’attroupement de sorciers en toges orange.
- Melle Cain, il faudrait partir… dit un moine.
- Non, il peut le faire, répondit Lisa implacablement.
Lukas se tenait sur une pointe aiguë de terre boueuse. Un promontoire qui assurait une glissade et un plouf à quiconque qui s’approchait trop près du bord. Lisa était pourtant là, plantée comme un roc que rien n’eût su déloger tandis que les moines, plus en arrière, tentait vainement de la contraindre à abandonner.  
- Professeur Ustaz a dit deux heures, dit l’un d’eux. Si au bout de deux, lui ne revient pas, il faut partir. Il est deux heures et demie.
- Il peut le faire, répéta la sorcière de manière douce mais sans ambages. Il trouvera la clef.

- Non, murmura Lukas. Il parlait si bas que seul Sam pouvait l’entendre. Je ne la trouverai pas. La mise à feu a déjà commencé. L’explosion est imminente.
Le professeur se tourna vers la stagiaire, l’air grave.
- A environ cinq cent mètres en ligne droite, il y a un trou dans le lac. Les eaux y convergent comme un siphon. Au fond du trou, à neuf mètres de la surface, se trouve un jeune garçon recroquevillé au sol et… j’y suis aussi. Le problème ne vient pas de la mère, mais du père, dites le moi.
Ni une ni deux, Lukas poussa Sam à la flotte. Le sorcier savait qu’il ne pouvait y aller lui-même ; les lois des voyages temporels sont bien claires à ce sujet. Il ne restait que quelques minutes, et tout dépendait à présent du niveau de natation de la métisse.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Dim 1 Sep - 6:27


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Samuelle Daee

La meilleure manière de vérifier si quelqu’un sait nager est encore de le pousser à l’eau.

SPLASH!

La métisse disparue sous l’onde boueuse une longue minute avant de crever la surface beaucoup plus loin, entrainée par le courant. Désillusionnée ou pas, on ne pouvait la rater… Un instant elle tourna la tête vers le rivage comme si elle hésitait sur la direction vers laquelle nager. Puis, rapidement, Samuelle se délesta de sa veste de cuir et de ses bottes pour entamer un crawl vigoureux dans la direction opposée au rivage.

Un acte désespéré. Qu’est-ce qui lui faisait croire qu’elle était le genre de personne à sauver le monde? Pensa-t-elle. Héroïque? Elle?? Samuelle Daee??? C’était présumer beaucoup de sa bonne nature… Plein de gens allait mourir, oui… Mais pas lui, visiblement.

Lorsqu’il avait évoqué la version temporelle, Samuelle avait eu la grâce de ne pas feindre une totale ignorance. Si elle n’infirma pas cette possibilité, au moins ne la démentit-elle pas. Ustaz était devenu à cet instant un témoin gênant, capable de rapporter au ministère quels atouts elle cachait. Il avait survécus à la première version de l’événement. Il pouvait très bien y survivre encore, et alors il aurait devant lui une éternité pour mettre à jour ses subterfuges.

Les yeux sont le miroir de l’âme. Les siens brillaient d’une lueur qui avertissait quiconque qu’elle n’était pas tout à fait humaine. Alf de la nuit, démon, Djinn des déserts glacés… Toutes sortes d’épithète qui lui seyait. Il y avait une part de noirceur en elle, tissée dans chaque fibre de son être. On pouvait en dire autant de bien des humains, mais en ce qui concernait Samuelle, son destin la rattrapait. Elle dissimulait la vérité refusant de se révéler mais ce qui c’était passé au département des mystères pesait lourdement sur sa conscience. Elle était le seul témoin. Il n’existait aucune preuve, seulement le doute circonstanciel. Et Ustaz était chargé de l’évaluer.

La meilleure manière de connaitre la nature de l’âme d’une personne est encore de lui proposer un choix.

Finalement c’est son sens de l’opportunité qui l’emporta. La meilleure manière d’anéantir son ennemi est de s’en faire un ami. Elle se laissa entrainer vers les profondeurs fangeuses du lac et émergea d’une paroi du siphon tourbillonnant dont la puissance la projeta dans la boue, étourdie et sans force. Là était un enfant et une version plus jeune d’Ustaz. C’était une même personne… Ce qu’elle raconterait à celui-ci, celui-là en aurait connaissance. Les sédiments de fond de lac étaient si épais qu’elle ne sentait aucune pierre sous ses doigts. Impossible de reprendre le chemin de 2005 ici.

- Si tu me dis comment ça se fait que tout le monde meurt SAUF toi, je te dis comment éviter cette tragédie. Fit-elle avec un reste de méfiance.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Dim 15 Sep - 6:20


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Lukas K. Ustaz
Dans un tumulte d’eau et d’air, Lukas, dont les genoux étaient avalés par les fonds fangeux du Tonlé Sap, s’acharnait sur un jeune garçon recroquevillé au sol. L’enfant était agité de petites convulsions au niveau des membres et son cou s’infléchissait d’avant en arrière comme une marionnette récalcitrante. Son regard était rouge et l’air ambiant sentait tellement la poudre que l’odeur de macération des sédiments du lac passait inaperçu. Tout aussi étrangement, l’eau qui perlait sur le front de Lukas ne provenait pas des eaux troubles; c’était de la sueur. La température au sein du typhon devait bien atteindre les trente-cinq degrés celsius. La mise à feu avait commencé.

Le jeune Liseur de Vienne de tout juste 24 ans, n’ouvrit même pas un œil lorsque Sam déboula dans l’arrière-fond du lac. Sa baguette était verticalement pointée sur la tempe de l’enfant tandis que l’index de sa main libre était placé sur sa propre tempe. Son corps était parfaitement immobile contrairement à celui du garçon. Seuls les muscles de sa mâchoire frémissaient de temps à autre.

- Doit-on attendre encore un peu ? demanda la Grise.
- Il faut l’emmener, répondit la Noire. Nous n’avons que trop attendu.
- Encore une minute, implora la Blanche en voletant auprès du visage du petit garçon.
- Qui est-ce ? demanda la Grise qui venait d’apercevoir Samuelle.

La voix de la métisse résonna dans l’esprit de Lukas, comme parvenu de si loin qu’elle semblait être portée par les vents. Le sorcier ouvrit un œil, puis deux.
- Qu’est-ce que vous faites là ? lança-t-il.
La perte de concentration se répercuta sur tout son corps. La verticalité de sa baguette n’était plus, ses cuisses tremblaient, sa respiration bouleversée secouait tout son buste, son front se plissa et la sueur ruissela de plus belle ; il eut même du mal à garder son propre index plaqué sur le côté de son front.
- Déguerpissez ! aboya-t-il en fermant les yeux une nouvelle fois.

La température monta encore de 5 degrés.
- Ça suffit, on l’embarque, ordonna la Noire.
- Non ! s’écria Lukas. Emmenez-la, elle !
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Sam 28 Sep - 3:01


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Samuelle Daee
Transbahuté dans la passé. Comment? Par la magie des pierres. Pourquoi? Par accident parce qu’elle maitrisait mal ses pouvoirs.

**Sur la rive…

Bien que désillusionné, Lukas eut tout à coup l’impression de ne pas être seul, comme si quelqu’un se tenait à ses côtés. « J’adorais cette veste tu sais… » Une alarme sourda en lui, une impression de désastre. « Tu sais Lukas, il existe des règles qui régissent la magie. Toutes les sortes de magie… C’est pour ça qu’elles existent. Pour qu’on réfléchisse avant de les enfreindre. » Elle lui sourit. Un sourire carnassier. Là se tenait Samuelle. Une Samuelle distincte de la première par quelques détails subtils. Par exemple celle-ci portait une combinaison de pluie rouge vif, la tête enfouie sous son capuchon. « En outre, tu es déjà à moitié fou et je ne peux me permettre de te laisser mourir ici… » Et d’une bonne poussée dans le dos, elle le balança à la flotte : SPLASH!

« NAGE! Nage jusqu’au vortex! » Lui intima-t-elle en lui pointant la direction à suivre d’un geste de la main. Puis elle fit volte-face en se désintéressant de lui et se dirigea vers l’autre attroupement.

« Excusez-moi? » fit une voix à l’accent chantant, un anglais particulier, du slang canadien. « Oh! Pardon! Je crois que j’ai marché sur votre robe… » Une jeune femme bouscula les moines qui auréolaient la femme en jaune. Aucun d’entre eux ne l’avaient déjà vu. Elle n’était pas d’ici et pourtant ce n’était pas une anglaise comme la première. Là où Lisa était fine et délicate comme une rose anglaise pleine de distinction naturelle, celle-ci semblait animée d’une aura sauvage toute confite de violence et de brutalité. Là où l’une avait des épines, l’autre avait des crocs et des griffes. Une lumière chatoyait dans ses yeux jaunes comme dans ceux d’un grand prédateur. Un prédateur qui a faim pendant que vous somnoliez. La jeune femme atteignit la position occupée par Lisa et familièrement, Samuelle prit Lisa dans ses bras et l’étreignit dans une accolade affectueuse. « Lisa! » L’ombre qu’elle projetait était longue et noire. « Je sais que je dérange, dans les circonstances, mais un jour tu me remercieras! Et puis je suis absolument enchantée de faire la connaissance de la femme de Lukas Ustaz! » fit-elle en lui prenant le coude. La métisse se tortilla un instant pour enlever une de ses bottes de caoutchouc et reposa son pied nu sur la pierre gluante du promontoire. « Je sens que nous allons être de grandes amies!! » Dans une cabriole, la métisse frappa le sol de la plante de son pied et les deux femmes s’étiolèrent.

**Au fond du vortex

Quelle soulève la question aurait déjà dû lui faire comprendre qu’il s’y prenait de la mauvaise manière. Si ce n’était pas un parent, c’était l’autre, non? Il ne l’écoutait pas… Il ne l’écouterait pas. Celui-ci était celui-là. Une même personne imbue de sa personne.

S’il disparaissait dans cette mission, s’ils y disparaissaient tous les deux, mystérieusement, évaporés dans une chute dans la boue… Personne ne saurait jamais qu’ils étaient allés mourir dans le passé… On fermerait leurs dossiers par la mention : « Lost in the field »

Si Lukas seul en réchappait, le jeune pas le vieux, il pourrait la reconnaître plus tard lorsqu’il la rencontrerait sur la margelle de la fontaine et éviter qu’ils en arrivent là. Il faudrait cependant compter sur l’intuition que quelque chose était allé de travers et qu’il ne devait pas l’emmener en Asie. Samuelle n’avait aucune envie de jouer sa vie sur ce genre de paris.

La possibilité qu’elle soit la seule à s’en sortir était la plus déplaisante de conséquence. Parce qu’après l’incident du département des mystères, personne ne voudrait croire qu’elle n’était en rien impliquée dans l’incident. Son statut de langue de plomb ne la protégerait plus. Elle aurait tous les aurors de la planète sur le dos.

L’idéal était qu’ils s’en sortent tous les deux. La température grimpa distinctement dans la fosse. Pas le temps de négocier.

« À l’origine, j’avais cru que c’était cet incident qui t’avait rendu fou… Visiblement je me trompais! » Elle fit un pas hasardeux pour se rapprocher de lui : « C’est toi qui m’a envoyé ici! » Essaya-t-elle d’instiller l’idée dans son cerveau. Sa volonté! Lui! « Je dois te dire que le problème vient du père, pas de la mère… » C’était toujours le cas de toute manière. « Si tu ne m’écoute pas, tu vas te planter! Lisa va mourir! »
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Sam 5 Oct - 3:29


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Lukas K. Ustaz
Un esprit tel que celui de Lukas ne doit être cru sous aucun prétexte. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas là de mensonge. Mentir est la prérogative des faibles d’esprit. Les menteurs sont de fourbes attentistes, des beaux parleurs, d’hypocrites esbroufeurs. Lukas, lui, façonnait la réalité qui lui convenait le mieux. Il n’y avait pas d’arrière-pensée, pas même de manigance ; une simple relation de cause à effet qu’il était souhaitable d’agencer.

Lukas ne savait pas nager. Il n’avait jamais appris. L’homme n’était pas du genre à aimer les bains ; une perte de temps. Quant au fait d’éviter la noyade, il avait à sa disposition toute une tripotée de sorts qui pourrait, au besoin, l’extraire d’une masse liquide en moins de trois secondes. Les trois secondes qui suivirent la chute se déroulèrent donc dans le calme. Les trois suivantes un peu moins. Les trois d’après virent émerger une certaine panique. La cape imperméable dont il était enveloppé ne semblait pas réagir convenablement à tant d’eau. Elle se solidifia, protégea bien son porteur, si bien qu’il s’en retrouva rapidement saucissonné. Pas de doute, Lukas devait être au sec là-dedans. En revanche, rien à faire, la baguette magique était hors d’atteinte. Le sorcier ne pu même pas s’agiter afin d’alerter les moines-sorciers sur la rive et eux-mêmes ne le virent pas car il était toujours sous l’effet du sortilège de désillusion.

La cape flotta un temps, lui laissant quelques secondes pour voir une Sam embarquer Lisa puis l’eau grimpa le long de son cou, il inspira une dernière fois, elle recouvra sa bouche et bientôt sa tête, il coula à pic.

--

Pendant ce temps, dans les tréfonds du Tonlé Sap, alors que la température atteignait les quarante degrés et que le jeune garçon convulsait frénétiquement ; pendant ce temps, Lukas, le jeune, s’évertuait à empêcher les fées de l’évacuer, le jeune garçon d’exploser et Sam de le déranger.
Le père. Elle avait dit le père. Comme si elle en était sûre. L’idée s’était déjà insinuée dans les méandres psychiques du professeur. Le père serait la clef ? Lukas ne fit pas fi de l’assertion de Samuelle quant au fait qu’il « l’aurait envoyée » ; c’était grotesque et insensé.
- Le père ? demanda Lukas.
Personne n’aurait su dire s’il attendait une réponse ou s’il cherchait a se convaincre.
- Le père, répéta-t-il à l’affirmative.
L’idée lui sembla improbable. Les dernières secondes s’égrainaient. Lukas ferma les yeux et recouvra cette immobilité si étrange dont il était paré avant que Sam ne fît irruption. Il y eu un moment de battement, un silence, durant lequel même les fées s’immobilisèrent.
Lukas rouvrit les yeux subitement ; des yeux exorbités.
- Ce n’est pas le père, souffla-t-il.

--

Lukas, l’ancien, vit la surface du lac s’éloigner. Les ténèbres des profondeurs l’aspiraient. L’air lui manquait. Sa vision commença de déchanter lorsque deux petits points lumineux apparurent subitement devant lui. Et puis tout vira au flash. Sur la rive, les moines n'eurent pas le temps de s’enfuir. L'explosion les balaya et fit s'évaporer des milliers de cube d'eau du lac.

--

Pourquoi La Noire avait-elle décidé de sauver Sam de l’explosion ? Mystère. Lukas, le jeune, ne put sauver le jeune garçon de sa mise à feu. Il n’avait pas trouvé la clef. En réalité, elle n’avait pas été donnée. Le père n’avait jamais été la clef et Lukas, dont la cape finissait enfin de lui rendre sa mobilité, le savait très bien, et l’avait toujours su.
Sa surprise fut grande lorsqu’il réalisa que Sam était toujours vivante. Elle était allongée sur le ventre tandis que la Noire voletait autour d’elle. Lukas amorça un mouvement vers sa baguette mais la Blanche l’interrompit :
- Non, dit-elle simplement.
La Blanche lui disait toujours oui, la Noire, seule, répondait par la négative. Étrange…
Balto sauta du tapis et renifla Lukas. Les moines-sorciers firent de même, excepté pour le reniflement.
- Vous avez chu ? demanda l’un deux.
Lukas grinça des dents.
- Oui, on est tombés bien bas, maugréa-t-il.
Pendant un moment, Lukas ne put détourner son regard de la métisse ; un regard de quelqu’un qui traficote un Rubik’s cube. Lorsqu’elle commença de bouger, il se tourna vers le Tonlé Sap tandis que quelques moines l’aidèrent à se relever.
 
MessageSujet: Re: Deux allers et un retour.   
Lun 14 Oct - 2:12


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Samuelle Daee
hj: court... Première fois que je dors dans un lit depuis 10 jours...

Chu, du verbe choir. Cette formulation respectueuse, ampoulée, inhabituelle… « Hein? » Fit la métisse en se relevant péniblement. « Ah?!? Oui, je suis tombée… » mentit-elle par omission. Acceptant la main qu’on lui tendait, Samuelle se releva gracieusement, reconnaissante, avec peu de geste. Elle n’avait pas besoin qu’on l’aide mais elle jouait remarquablement les demoiselles en détresse. Avec le naturel d’une longue expérience. Et alors elle croisa le regard tout bleu de Lucas qui la dévisageait et son expression se figea.

De la confusion, quelques questions, puis une bonne dose de culpabilité, de mensonge et de perfidie. Le tout noyé dans le mystère d’une magie qu’elle n’avait jamais dévoilé. Elle était ébranlée…

Vivement Samuelle scruta les alentours, et s’exclama en le pointant du doigt : « Le chien! » Son timbre dégoulinant de soulagement tandis qu’elle s’ancrait dans la réalité. Et réalisant que sa réaction pourrait paraitre excessive, elle se rattrapa : « Le chien est là! » Affirma-t-elle à l’assemblée. Ça n’arrangeait rien du tout, elle en était consciente. Alors elle ajouta, parce qu’un commentaire s’imposait : « Bon chien! » Et se frottant ostensiblement l’arrière du crâne d’une main boueuse, bien qu’elle se soit retrouvée sur le ventre, elle expliqua : « Je crois que je me suis cognée la tête… » Elle était presque crédible… Sauf qu’elle ne portait plus cette très voyante veste de cuir à frange. Anachronisme.

Quelque part à la limite de sa conscience, Samuelle était consciente de s’en être sortie de justesse… Elle ignorait comment. Pire, elle ne savait pas de quoi. Convulsivement, elle se torchait les mains sur ses jeans, les incrustants de boue. La matière minérale lui démangeait. Elle revient à lui, sa figure se plissant en une grimace suspicieuse. Ce n’était pas la mère et ce n’était pas le père. Et il le savait. Elle le rejoignit et d’une main sur l’épaule, le fit se retourner vers elle : « Qu’est-ce que t’as fait? » fit-elle d’une voix plutôt agressive. « Qu’est-ce qu’on fait ici? » Vindicatrice un bref instant plein d'incongruité.
 
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